Gazon à l'ombre : où une pelouse tient, et où il vaut mieux renoncer
Une pelouse supporte un peu d'ombre, pas beaucoup. Avec des graines adaptées et un entretien différent, elle tient à la mi-ombre ; sous un couvert dense ou collée au mur nord d'une maison, elle cède la place à la mousse. Tout se joue sur les heures de soleil direct au printemps et en été.
Un gazon pour l'ombre tient là où il reçoit encore, de mars à septembre, environ trois à quatre heures de soleil direct par jour, ou une lumière filtrée toute la journée. En dessous, la plupart des pelouses s'éclaircissent et la mousse s'installe, quelles que soient les graines. Ce sont des ordres de grandeur de jardinier, pas un seuil précis, mais ils suffisent à trier les coins du jardin.
Au pied d'un mur nord, le compte est vite fait. À Paris, ce mur ne reçoit aucun soleil direct le 21 mars, le 21 septembre et le 21 décembre. Le 21 juin, il en a 6 h 26, mais seulement de 6 h 10 à 9 h 22 et de 18 h 24 à 21 h 38, avec un soleil bas et rasant. Sous un grand arbre en feuilles, c'est souvent moins encore.
Au nord de la maison : une bande d'ombre à mesurer
L'ombre d'une maison varie énormément selon la saison. À midi solaire, l'heure où elle est la plus courte, une maison de 6 m de haut projette vers le nord :
| Ville | 21 mars | 21 juin | 21 décembre |
|---|---|---|---|
| Lille | 7,2 m | 3,1 m | 21,0 m |
| Paris | 6,8 m | 2,9 m | 18,8 m |
| Lyon | 6,1 m | 2,5 m | 15,8 m |
| Marseille | 5,6 m | 2,2 m | 14,0 m |
Le jardin au nord se découpe donc en bandes. Jusqu'à 3 m du mur environ, le soleil de midi n'arrive jamais, même le 21 juin : la pelouse n'y voit que les soleils rasants des matins et des soirs d'été. C'est là qu'elle échoue presque toujours.
Entre 3 et 7 m, le soleil de midi arrive au printemps et repart à la fin de l'été. À 5 m d'une maison de 6 m, à Paris, il y parvient environ de la mi-avril à la fin août. C'est le domaine des mélanges pour l'ombre, à condition de ne pas demander à la pelouse de supporter les jeux de ballon.
Au-delà de 7 m, la pelouse a le soleil de midi dès l'équinoxe de mars, et un gazon ordinaire peut suffire si rien d'autre ne fait d'ombre. Le calcul pour d'autres hauteurs est détaillé dans notre guide sur la longueur des ombres.
Sous les arbres : la lumière et l'eau manquent ensemble
Sous un arbre, la pelouse souffre de deux choses. La première est l'ombre : un arbre de 15 m projette à midi 7,2 m d'ombre le 21 juin à Paris, 16,9 m le 21 mars, et bien davantage le matin et le soir. La seconde est la soif : les racines de l'arbre prennent l'eau et les nutriments de la couche où vit le gazon, et la couronne arrête une partie de la pluie. On parle d'ombre sèche, la plus difficile de toutes.
Les arbres ne se valent pas. Un arbre à feuilles caduques laisse passer le soleil jusqu'à la feuillaison, en avril ou en mai, ce qui permet au gazon de démarrer ; un bouleau ou un févier, au feuillage léger, filtrent la lumière plutôt que de la couper. Un hêtre, un marronnier, un érable plane ou un conifère dense font en été une ombre presque totale, et les conifères la font toute l'année.
Éclaircir la couronne ou remonter les branches basses laisse passer plus de lumière, et c'est souvent plus efficace que de changer de graines. Si l'arbre est chez le voisin, le guide sur l'arbre voisin trop haut dit ce que vous pouvez demander.
Les graines qui tolèrent l'ombre
Les mélanges vendus « pour l'ombre » reposent en général sur les fétuques fines, en particulier la fétuque rouge, et sur le pâturin des bois, une graminée des sous-bois. Ils donnent un gazon plus fin et plus lent que les mélanges courants, et moins résistant au piétinement. Le ray-grass anglais, base des pelouses de jeu, supporte mal l'ombre : un mélange « tous usages » semé au nord de la maison s'éclaircit souvent en quelques saisons.
Semez de préférence en septembre. La terre est encore chaude, l'arbre caduc va perdre ses feuilles, et le gazon a l'automne et le printemps pour s'installer avant la pleine ombre de l'été.
Entretenir autrement à l'ombre
Un gazon à l'ombre se cultive à l'économie, parce qu'il a peu d'énergie à dépenser.
- Tondez plus haut, autour de 6 à 8 cm, pour garder assez de feuille.
- Fertilisez peu : un excès d'azote donne des brins mous, plus sensibles aux maladies.
- Arrosez profondément sous les arbres, où la concurrence des racines est forte, plutôt que souvent et peu.
- Ramassez les feuilles mortes vite à l'automne, avant qu'elles n'étouffent le gazon.
- Limitez le passage : allées et venues quotidiennes, jeux, tondeuse lourde sur sol détrempé.
Scarifier la mousse au printemps et regarnir en septembre ne règle rien si la lumière manque : la mousse revient l'année suivante, au même endroit.
Quand renoncer : ce qui remplace la pelouse
Au pied d'un mur nord, dans les 2 ou 3 premiers mètres, ou sous un conifère dense, mieux vaut renoncer au gazon. Plusieurs couvre-sols supportent l'ombre et ne se tondent pas : le lierre, la pervenche, le pachysandra, le géranium vivace à grosses racines (Geranium macrorrhizum), le lamier, la bugle rampante. Ils couvrent le sol en quelques saisons et ne demandent qu'une taille de temps en temps. Pour un massif complet, voyez les plantes d'ombre pour un jardin exposé nord.
Un paillage d'écorces, une allée de graviers, quelques dalles de pas japonais sont d'autres réponses, simples et propres. Certains jardiniers acceptent aussi la mousse : elle reste verte, supporte un passage léger, et ne demande rien.
Savoir combien de soleil reçoit chaque coin
Avant de semer, comptez les heures de soleil sur la zone, en avril et en juin, quand l'arbre est en feuilles : le guide sur l'ensoleillement du jardin donne la méthode. Pour une adresse précise, le rapport d'ensoleillement calcule ces heures sur le relevé LiDAR de l'IGN, qui mesure la hauteur des arbres et des bâtiments au demi-mètre, avec une scène « avec végétation » et une scène « sans feuillage » : la différence entre les deux montre ce que vos arbres prennent à la pelouse.
Les heures de soleil réelles d'une adresse précise
Jardin et façades, 21 mars, 21 juin, 21 septembre et 21 décembre, heure par heure, avec les bâtiments, les arbres et le relief relevés par le LiDAR de l'IGN, puis ce que le ciel du lieu en fera. Huit pages, par e-mail, en quelques minutes.
À lire aussi
- Jardin exposé nord : les plantes d'ombre et de mi-ombre qui s'y plaisentAménager
- Mesurer l'ensoleillement de son jardin, zone par zone et saison par saisonComprendre le soleil
- Arbre du voisin trop haut : ce que la loi permet d'exiger, et ce qu'elle ne permet pasVoisins et droit
- Exposition nord : un peu de soleil les matins et soirs d'été, une lumière égale le reste du tempsOrientations
- Bureau en télétravail : quelle orientation, où placer l'écran, comment éviter l'éblouissementAménager