Jardin exposé nord : les plantes d'ombre et de mi-ombre qui s'y plaisent
Un jardin au nord n'est pas un jardin sans soleil : il en reçoit l'été, tôt le matin et tard le soir, et presque rien le reste de l'année. Les plantes de sous-bois s'y plaisent mieux qu'au sud. Encore faut-il distinguer la mi-ombre de l'ombre, et l'ombre fraîche de l'ombre sèche.
Dans un jardin exposé nord, plantez ce qui pousse naturellement en sous-bois : fougères, hostas, hellébores, heuchères, hortensias, camélias, et en couvre-sol le géranium vivace ou l'épimédium. Ces plantes supportent l'ombre de la maison, et beaucoup souffrent en plein soleil. Les plantes du Midi, la lavande, le thym, le romarin, y fleurissent mal et y pourrissent souvent l'hiver.
Le pied d'un mur nord, à Paris, ne voit aucun soleil direct le 21 mars, le 21 septembre et le 21 décembre. Le 21 juin, il en reçoit 6 h 26, mais en deux fois : de 6 h 10 à 9 h 22, puis de 18 h 24 à 21 h 38. C'est un soleil bas, doux, qui ne brûle pas. À Lille le même jour, 6 h 30 ; à Marseille, 6 h 24. La latitude n'y change presque rien.
Un jardin au nord se découpe en bandes
Le soleil ne manque pas partout de la même façon. Plus on s'éloigne de la maison, plus il en arrive. À midi solaire, à Paris, une maison de 6 m de haut fait 6,8 m d'ombre le 21 mars et 2,9 m le 21 juin. Il en résulte trois zones assez nettes.
Contre le mur, sur 2 ou 3 m, c'est l'ombre presque toute l'année, avec seulement les soleils rasants des matins et des soirs d'été. Entre 3 et 7 m environ, le soleil de midi arrive au printemps et repart à la fin de l'été : c'est la mi-ombre. Au-delà, le jardin redevient presque normal à la belle saison, et un potager peut même y trouver sa place s'il est assez loin.
Un jardin orienté nord-est ou nord-ouest n'a pas tout à fait la même ombre. Le 21 mars à Paris, un mur nord-est reçoit 3 h 22 de soleil le matin, de 7 h 10 à 10 h 32 ; un mur nord-ouest autant l'après-midi, de 15 h 26 à 18 h 48. Le soleil du matin est le plus doux : beaucoup de plantes de mi-ombre le préfèrent à celui de l'après-midi, qui chauffe davantage les feuilles.
Mi-ombre, ombre, ombre sèche : ce que disent les étiquettes
Les étiquettes des pépinières suivent des conventions assez stables, qu'on peut traduire en heures de soleil direct en été :
| Mention | Soleil direct, à peu près | Où on la trouve au nord |
|---|---|---|
| Plein soleil | 6 h ou plus | rarement, loin de la maison |
| Mi-ombre | 3 à 6 h, ou lumière filtrée | au milieu du jardin, côtés nord-est et nord-ouest |
| Ombre | moins de 3 h | au pied du mur nord, sous les arbres |
Une seconde distinction compte autant : l'humidité du sol. L'ombre fraîche, sur une terre qui garde l'eau, convient à presque toutes les plantes de sous-bois. L'ombre sèche, au pied des murs abrités de la pluie par l'avancée du toit et sous les grands arbres dont les racines boivent tout, en élimine une bonne partie.
Ombre fraîche : les plantes de sous-bois
C'est la situation la plus généreuse. Sur une terre fraîche et riche en humus, ces plantes vivaces et arbustes courants s'y plaisent :
| Plante | Lumière | Ce qu'elle apporte |
|---|---|---|
| Hostas | ombre à mi-ombre | grandes feuilles, très nombreuses variétés ; craignent les limaces |
| Fougères (fougère mâle, polystic) | ombre | feuillage caduc ou persistant selon l'espèce, très rustiques |
| Hellébores | ombre à mi-ombre | floraison en hiver et au début du printemps |
| Astilbes | mi-ombre | plumeaux roses, rouges ou blancs en été ; exigent un sol humide |
| Pulmonaires, Brunnera | ombre à mi-ombre | fleurs bleues au printemps, feuilles tachetées ou argentées |
| Heuchères | mi-ombre | feuillage coloré toute l'année |
| Hortensias | mi-ombre | grosses fleurs d'été ; brûlent au soleil de l'après-midi |
| Camélias, rhododendrons | mi-ombre | floraison de printemps ; demandent une terre acide |
Le muguet, la primevère et l'anémone des bois complètent ce massif au printemps. Pour les bulbes, le perce-neige fleurit à l'ombre légère dès janvier ou février.
Ombre sèche : la plus difficile
Au pied d'un mur sous un débord de toit, ou sous un tilleul, les plantes de sous-bois humide dépérissent l'été. Quelques plantes tiennent quand même, ce qui en fait les valeurs sûres de ces endroits : le géranium vivace à grosses racines (Geranium macrorrhizum), les épimédiums, l'euphorbe des bois, le cyclamen de Naples, qui fleurit en automne sous les arbres, et l'iris fétide, aux graines orange en hiver. Côté arbustes, le mahonia, l'aucuba, le fragon et l'if supportent une ombre sèche et profonde.
Même ces plantes ont besoin d'eau la première année, le temps de s'enraciner. Un paillage de feuilles ou d'écorces garde l'humidité et nourrit le sol, comme en forêt.
Contre le mur nord : grimpantes et arbustes
Un mur nord est un bon support pour les grimpantes qui craignent le soleil brûlant. L'hortensia grimpant s'y accroche seul et fleurit en blanc en début d'été ; le lierre y pousse partout ; la vigne vierge le couvre aussi, avec des couleurs d'automne moins vives qu'au sud. Au pied du mur, un sarcococca, au parfum d'hiver, ou un skimmia supportent une ombre dense.
Évitez en revanche, côté nord, la plupart des rosiers, la lavande, les plantes grasses et les aromatiques méditerranéennes, qui demandent le plein soleil. Une pelouse classique y réussit rarement : le guide sur le gazon à l'ombre explique où elle peut tenir et par quoi la remplacer.
Au sud de la France, le nord devient un atout
À Marseille, l'ombre de midi d'une maison de 6 m ne mesure que 5,6 m le 21 mars, et le soleil d'été y est autrement plus fort qu'à Lille. Le jardin nord y devient le refuge des plantes qui grillent ailleurs : hortensias, fougères, hostas, camélias. Ce sont souvent les massifs qui tiennent le mieux en août.
Savoir ce que reçoit chaque coin
Une étiquette « mi-ombre » ne sert à rien si l'on ignore combien d'heures de soleil reçoit le massif. Observez-le un jour de soleil en mai ou en juin, à 10 h, 13 h et 17 h, ou suivez la méthode du guide sur l'ensoleillement du jardin. Sur les caractéristiques de cette orientation pour la maison elle-même, voyez l'exposition nord.
Pour une adresse précise, la réponse dépend aussi des voisins et des arbres. Le rapport d'ensoleillement calcule, sur le relevé LiDAR de l'IGN, les heures de soleil du jardin aux 21 mars, 21 juin, 21 septembre et 21 décembre : de quoi savoir où planter l'hortensia, et où le thym.
Les heures de soleil réelles d'une adresse précise
Jardin et façades, 21 mars, 21 juin, 21 septembre et 21 décembre, heure par heure, avec les bâtiments, les arbres et le relief relevés par le LiDAR de l'IGN, puis ce que le ciel du lieu en fera. Huit pages, par e-mail, en quelques minutes.
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